Par
François Lefebvre
Publié le
Il a fallu au moins trente heures de dévernissage pour voir apparaître les couleurs originales. Le vernis devenu chanci (c’est-à-dire opaque) recouvrait l’œuvre d’un voile blanc. On ne distinguait plus rien de « La Pentecôte »patrimoine de l’église de Saint-Grégoire-du-Vièvre (Eure), près de Pont-Audemer.
Cette œuvre du XVIIe siècle, pourrait provenir d’un atelier influence par le peintrennais Jean-Baptiste Jouvenetestime frère Pascal Pradié, moine de l’abbaye de Saint-Wandrille et restaurateur qui est intervenu pour redonner l’éclat d’antan de cette peinture.
Retouché au XXe siècle
« La Pentecôte a dû être nettoyée au début du XXe siècle, ou plutôt bricolé », présente frère Pascal Pradié. Auparavant, on frottait sans trop se des dégâts. Cette intervention agressive a abîmé la toile, notamment dans la partie ciel. Et pour masquer ces dégradations, quelqu’un avait repeint des rayons rouges, des gloires du Saint-Esprit. « On l’a vu à la lampe UV, c’est notre détecteur de mensonges », explique le bénédictin.

Les retouches recouvraient également le manteau de la Vierge Marie, pour cacher les couches ternies. Le pigment utilisé, du bleu de smalt, un mélange très utilisé aux XVIIe et XVIIIe siècles, passe en effet avec le temps. L’atelier Renascentis de Saint-Wandrille a donc effacé ces corrections grossières et appliqué un pigment dans les tons d’origine. Les retouches de frère Pascal Pradié concernent aussi les canapés picturales endommagéslà où la toile était détériorée. Sur ces parties abîmées, on retend et on applique du mastic. On recrée une couche picturale pour relier.
« Ce sont des retouches de type illusionniste », par-dessus le nouveau verni du tableau. « Ces retouches réunifient l’existant pour retrouver une lecture harmonieuse », fait valoir le monial. On distingue encore la marque d’un châssis ancien en forme de losange, avec des renforts d’angles. Peut-être le tableau fait-il partie du retable du maître-autel, supposons frère Pascal.

Autre curiosité que l’œil remarque, dans le coin gauche, au bas de la toile, figure des armoiries posées sur un parchemin enroulé. Ces emblèmes n’ont pas encore été identifiés. « Mais elles pourraient appartenir à une famille du parlement de Normandie. Il était courant qu’elles en fassent don dans les paroisses au XVIIe siècle », suppose le frère Pascal Pradié.
La Pentecôte est désormais paré pour affronter les futures décennies. Rentoilé à la cire résine sur une toile neuve, « pour aider à supporter l’humidité », il a été remplacé dans le chœur de l’église à son emplacement d’origine à la fin du premier trimestre 2025.
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